Dangers du portable : la recherche est bâillonnée

« Les constructeurs de portable m’ont coupé les crédits parce que mes recherches révélaient un impact sur le cerveau. » Célèbre neurobiologiste montpelliérain, le professeur Alain Privat dénonce les effets nocifs des ondes et la censure des industriels. Entretien.

Guillaume Bonnefont

« Ce que j’ai vu sous le microscope m’a fait peur. » Mercredi 18, sur France 3, le Montpelliérain Alain Privat tire la sonnette d’alarme dans un passionnant documentaire intitulé Mauvaises ondes.
Ce neurobiologiste réputé est connu pour avoir fait remarcher des souris paralysées en utilisant les cellules nerveuses. Dès 2003, ses recherches sur des rats exposés au téléphone portable ont mis en évidence des perturbations du cerveau. Retour sur un problème sanitaire controversé qui concerne tous les Français… et leurs 64 millions de portables.

La Gazette. Quels sont précisément les impacts du portable sur le cerveau, selon l’expérience que vous avez conduite ?

Professeur Alain Privat. Il s’agit de modifications biochimiques et structurales assez inquiétantes. Permettez-moi d’abord de rappeler les modalités de l’expérience menée au sein de l’Institut des neurosciences de Montpellier (labo Inserm, basé à l’hôpital Saint-Éloi) par six chercheurs. Nous avons exposé douze rats à des ondes électromagnétiques GSM de 900 mégahertz, la fréquence des portables, à 6 watts par kilo, soit un rayonnement trois fois supérieur à la limite légale, pendant quinze minutes. Cela a immédiatement altéré la qualité et la quantité de trois neurotransmetteurs : l’acétylcholine, lié à la motricité, la dopamine, impliquée dans la maladie d’Alzheimer, et l’acide Gaba, qui module l’activité du système nerveux central. Par ailleurs, nous avons observé l’inflammation d’une partie du cerveau, le striatum, ce qui traduit une souffrance du tissu nerveux.

En clair, que peut-on craindre pour l’homme ?

L’expérience ne prouve pas la toxicité de ces ondes pour l’humain, mais débouche sur une forte suspicion. Ce qu’on peut redouter, c’est que l’utilisation intensive et prolongée du téléphone portable favorise la maladie de Parkinson et l’Alzheimer. L’épilepsie pourrait aussi être encouragée, car elle relève d’une agitation des cellules nerveuses comparable à ce que nous avons vu sous le microscope. Enfin, le neurotransmetteur appelé sérotonine, qui joue un rôle dans le rythme veille-sommeil, est aussi affecté. En revanche, je ne crois pas, comme certains scientifiques, à des risques de tumeurs du cerveau, car elles relèvent de mécanismes différents.

Fort de ces suspicions, vous souhaitiez poursuivre l’étude, mais on vous a coupé les crédits…

Il faut savoir que cette recherche faisait partie, en 2003, du projet Comobio (Communication mobile technologie), financé moitié-moitié par le gouvernement et les constructeurs de téléphone. Une fois notre expérience finie, j’ai redéposé un dossier pour l’approfondir. Je n’ai pas été retenu. Par la suite, j’ai candidaté en vain auprès d’un groupe d’experts officiels. On n’a jamais répondu à mes demandes d’explication. Mon sentiment, c’est que l’industrie de la téléphonie élimine les études négatives pour des raisons économiques – tout comme l’a vécu également ma collègue montpelliéraine Madeleine Bastide (voir article ci-dessous).

C’est peut-être votre étude qui était sujette à caution. Un rat est-il comparable à un humain ? Et n’est- il pas difficile de conclure sur la base du très fort rayonnement mis en œuvre pendant l’expérience ?

C’est vrai, le rat est moins résistant que l’humain. Mais son système nerveux n’est pas tellement éloigné du nôtre. Et c’est avec des expériences sur des souris que nous essayons de faire remarcher des humains paraplégiques. Quant au rayonnement, il était, en effet, de 6 W/kg, alors que les portables tournent autour de 1,5 W/kg (1). Ces conditions extrêmes permettent de révéler la toxicité. Mais nous souhaitions par la suite reproduire l’expérience à des niveaux plus conformes à la réalité.

Cela signifie-t-il que votre expérience n’est pas vraiment validée ?

Elle a été publiée en 2004 par Neurobiology of Disease, la revue scientifique américaine de référence. Cela vaut validation. Mais surtout, une autre équipe a fait ce que nous voulions faire : exposer les rats à seulement 1,5 W/kg, 45 minutes par jour, pendant 8 semaines. Cette équipe de Verneuil-en-Halatte (Oise) a publié ses résultats en 2008 et 2010. Ils sont tout à fait comparables aux nôtres.

Pourquoi revenir aujourd’hui sur cette polémique qui met en cause les effets du portable et l’indépendance de la recherche ?

Parce que je viens de prendre ma retraite et que je n’ai plus d’obligation de réserve. Et parce que je souhaite, dans un souci de santé publique, que de vraies recherches sur le portable soient menées avec les images IRM actuelles. Il faut éviter que les chercheurs soient subventionnés par l’industrie. Et que les experts soient juge et partie comme dans l’affaire du Mediator.

Quels conseils donnez-vous aux accros du portable ?

Utilisez le plus possible l’oreillette pour être moins exposé aux ondes. Et évitez, ou limitez, le portable pour les moins de 15 ans : en cours de construction, le cerveau des enfants est beaucoup plus sensible que le nôtre.

Propos recueillis par Olivier Rioux

(article paru dans La Gazette de Montpellier du jeudi 26 mai 2011)

(1) La limite réglementaire française est de 2 W/kg, contre 1,6 aux États-Unis et au Canada.

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